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Redécouverte des cocotiers à corne de Tetiaroa !

En 2006, lors d’une mission scientifique sur l’atoll de Tetiaroa, nous avons appris l’existence sur le motu Onetahi de deux rares cocotiers à corne. Teihotu, le fils de Marlon Brando (à gauche sur la photo), connaissait l'emplacement exact de ces cocotiers. Il pensait que ces cocotiers étaient des uniques au monde ; ils sont effectivement très rares mais une dizaine de cocotiers à corne ont été décrits en Polynésie Française et dans les îles Andaman, au large de l’Inde. Teihotu collectionnait les fruits à corne, et refusait de dévoiler l’emplacement des arbres. Il nous avait donné un fruit à corne, dont j'ai réalisé des photographies. Plutôt que de faire sécher tous les fruits, nous lui avons conseillé de faire germer certains d’entre eux et de les planter. Teihotu a mis ce conseil en pratique.

En 2009, nous avons été informés par la Société Beachcomber SA que les deux cocotiers à corne présent à Tetiaroa avaient été détruits lors de travaux d’extension de la piste d’aéroport liés à la construction du nouvel hotel « Le Brando ». Lorsque cette information nous a été transmise, nous avons immédiatement suggéré que soient recherchés des semences germées de cocotier à corne, qui auraient pu avoir subsisté. Cécile Gaspar, présidente de l'association "Te mana O te Moana", a méné cette recherche et a pu retrouver une dizaine de semences qui ont été transférée en pépinière. Certaines de ces semences ont germé, ce qui  permettait de préserver l’essentiel des gènes pour les générations futures.

En 2010, avec l’aide de Teihotu Brando, le biologiste Nicolas Leclerc a finalement retrouvé bien vivant ces deux cocotiers, juste en bordure de la nouvelle piste d’aéroport. Seul l’un des deux cocotiers produit des fruits à trois cornes bien formées. Nicolas pense que qu’une fraction seulement des noix produites par cet arbre porte des cornes. Nous avons donc pu observer ces arbres, et la récolte des semences se poursuit actuellement.

Voici donc une excellente nouvelle, apprendre que ces raretés botaniques ont finalement été préservées…

Découverte d’une collection de cocotiers sur Tetiaroa

L’analyse de la diversité des cocotiers sur Tetiaroa s’est limitée à une observation phénotypique des arbres. Cette première investigation n’a malheureusement pas pu être doublée d’une analyse moléculaire, faute de financement des travaux de laboratoire.
La figure 5 illustre la variabilité des fruits des cocotiers sur l’atoll de Tetiaroa ; cette figure peut être comparée à la figure 2 qui décrit cette même variabilité au niveau mondial. Compte tenu que la surface émergée de Tetiaroa ne dépasse pas 6 km2, la variabilité des fruits du cocotier atteint sur cet atoll un niveau extraordinairement élevé. Tant de différentes formes de cocotier peuvent difficilement se trouver réunies sur un espace aussi restreint par le simple jeu du hasard. Nous émettons donc l’hypothèse que quelqu’un a constitué, sur le motu Onetahi, une collection réunissant diverses variétés de cocotier. Cette collection a très probablement été plantée au temps de Marlon Brando. Lui ou sa famille ont du demander à leur amis polynésiens de leur donner des semences du plus grand nombre possible de variété de cocotier. .Si l’existence de cette collection est évidemment intéressante, son intérêt scientifique et pratique reste limité. Le faible nombre d’arbres planté par variété limite la représentativité génétique des variétés ; le fait que toutes les variétés soient plantées à proximité les unes des autres induira des mélanges si l’on tente de les reproduire.
Aucune variété de cocotier nain n’est présente sur l’atoll. A l’exception des motus Onetahi et Rimaturu'u, Tetiaroa est planté de cocotiers grands polynésiens typiques, sélectionnés pour le coprah : fruits de taille moyenne, à épaisseur de bourre moyenne à faible, noix de forme plutôt ronde à légèrement ovale, amande assez épaisse. Toutefois, les conditions de croissance de ces cocotiers sont peu favorables. Les sols ont été appauvris par une longue monoculture, les rats peuvent consommer jusqu’à 70% des noix sur les arbres et au sol (Ribier et al., 2006) Les fruits sont peu nombreux. Ceci rend difficile l’évaluation variétale sur des critères purement morphologiques. Pour être plus précis; il faudrait réaliser des analyses ADN microsatellite par prélèvement foliaire d'une cinquantaine de cocotier sur chaque motu.
Selon Sachet et Fosberg (1983) seuls quelques cocotiers ont été plantés sur le Motu Aie, et ces cocotiers avait été tous abattus au moment de leur visite. Lors de notre passage en 2007, nous avons pu constater la présence d’une vingtaine de cocotiers sur ce motu, peut être issus de repousse spontanée.En ce qui concerne les variétés de cocotier, le motu le plus riche est Onetahi. C'est aussi celui où les conditions de croissance des cocotiers sont les meilleures, donc l'endroit où les différences variétales peuvent le mieux s'exprimer.

Les cocotiers dénommés «Nape », ou « Puru », ou « Rau-‘aha » correspondent à plusieurs anciennes variétés polynésiennes spécialement sélectionnées pour faire des cordes avec les fibres de la bourre (enveloppe du fruit). Quelques cocotiers de ce type ont été retrouvés dans deux zones très restreintes du Motu Onetahi. Là encore, des arbres de la même variété sont plantés à proximité immédiate les uns des autres.
Teihotu a aussi indiqué l’existence, sur le Motu Onetahi, d’un cocotier « médicinal »., mais il ne souvenait plus de sa localisation précise. Il a finalement désigné un cocotier aux noix vertes, dont l’un des fruits est photographié dans la figure 5. Toutefois, nous ne sommes pas entièrement sur qu’il s’agisse bien du cocotier « médicinal ». En effet, nous avons observé au Tonga une variété polynésienne de cocotier « médicinal », qui avait des caractéristiques très spécifiques : fruits ovales et plus petits d’une couleur vert-gris assez sombre et bien reconnaissable, bourre (enveloppe fibreuse du fruit) teintée de rose à l’intérieur lorsque le fruit est encore jeune, et tendance à l’autofécondation. Ceci dit, il n’est pas certain que le cocotier dit « médicinal » en Polynésie Française corresponde exactement au type tongien.