lundi 7 juin 2010

Première plantation du conservatoire cocotier de l'atoll de Tetiaroa

En juin 2009, la société Beachcomber SA et la famille de Marlon Brando ont donné leur accord pour intégrer l’atoll de Tetiaroa dans un projet de conservation des variétés polynésiennes de cocotier. Pratiquement, quatre à cinq lieux isolés, motu ou presqu’île, seront chacun replantés avec une seule variété. Grâce à l’isolation géographique de ces lieux, les cocotiers ne se croiseront qu’entre membres de la même variété : des semences certifiées pourront être produites et diffusées. Quatre à cinq variétés de cocotier seront ainsi conservées sur Tetiaroa.
En Avril 2010, bien qu’aucun financement ne soit dédié à cette activité par le gouvernement, les premières plantations du conservatoire de Tetiaroa ont débuté. Des semences de cocotiers à cornes ont été plantées l’un des petit motu de Tetiaroa.
L'opération n'a pas été facile, car les cocotiers avaient été plantés dans des demi-futs métalliques; le fond rouillé de ces futs était transpercé par les racines du cocotier, rendant impossible difficile le dépotage manuel des cocotiers. Ceci nous a permis de nous rendre compte de l'extrême solidité des racines du cocotier, qui jouent un rôle important dans la lutte contre l'érosion côtière.Nous avons donc du recourir aux "grands moyens" et défoncer les fûts à l'aide d'un engin porte-palette.


Les plants de cocotiers ont ensuite été "déshabillés": cette réduction de la surface foliaire a l'avantage de limiter l'évapotranspiration et facilite la reprise. Puis ils ont été transportés en bateau sur une mer agitée, jusqu'au lieu de leur plantation. Il a été décidé de ne pas divulguer au public le lieu exact de cette plantation, afin de limiter les risques de vol de ce matériel végétal extrêmement rare. Il existe actuellement sur ce motu des cocotiers qui devront être progressivement détruits lorsque les plants de cocotiers à corne entreront en production.
Pour constituer une population de cocotier du conservatoire, nous recommandons généralement de sélectionner vingt à cinquante cocotiers parentaux appartenant à la même variété. Deux à quatre descendants de chaque parent sont alors plantés dans un endroit géographiquement isolé. Le nombre de parents relativement élevé limite le taux de consanguinité dans les générations suivantes. Les croisements entre apparentés génèrent des effets délétères et une réduction conséquente de la vigueur et de la production de fruits.
Compte tenu de l’extrême rareté des cocotiers à cornes, il ne sera pas possible de trouver vingt parents présentant les caractéristiques requises. Pour l’heure, seuls huit cocotiers à cornes ont été signalés en Polynésie Française. Nous recommandons d’obtenir des semences provenant d’au moins quatre cocotiers à corne différents, ceci afin de limiter les croisements délétères entre apparentés dans la génération suivante.
Des contacts ont été pris afin d’obtenir des semences en provenance de Tahaa et Raiatea.
Nous avons recommandé de poursuivre la récolte des semences sur le cocotier à corne de Tetiaroa. Nicolas Leclerc indique que toutes les noix produites par ce cocotier ne portent pas des cornes. Des noix de coco à cornes sont volées par certains travailleurs de Tetiaroa qui les ramènent comme souvenir. Nous avons souligné que les noix de cocotiers sans corne du cocotier à corne doivent elles aussi i être mises à germer. Autour du fruit, la bourre qui porte les cornes, est un tissu d’origine exclusivement maternelle. L’absence ou la présence de corne n’influe donc pas sur la nature génétique de l’embryon de la semence. Une noix de cocotier sans corne provenant du cocotier à corne a autant de chance de redonner un cocotier à corne qu’une noix de cocotier à corne (ouf !). Pour éviter les confusions et favoriser l’autofécondation, il vaut mieux faire supprimer toutes les inflorescences et fruits des cinq ou six arbres qui entourent le cocotier à corne. Ainsi toutes les semences ramassées au pied du cocotier à corne seront bien originaires de cet arbre.
Du fait du régime croisé de fécondation du cocotier, les noix récoltées sur les cocotiers à corne ne donneront pas toutes des cocotiers à corne. Il faudra réaliser une sélection parmi les plants lorsque ceux-ci commenceront à fructifie, et probablement éliminer certains d’entre eux. Quoi qu’il en soit, les gènes seront préservés, même s’ils ne s’expriment pas à cent pour cent. Dans les générations futures, on arrivera progressivement à constituer une population dont tous les individus porteront des cornes.

Redécouverte des cocotiers à corne de Tetiaroa !

En 2006, lors d’une mission scientifique sur l’atoll de Tetiaroa, nous avons appris l’existence sur le motu Onetahi de deux rares cocotiers à corne. Teihotu, le fils de Marlon Brando (à gauche sur la photo), connaissait l'emplacement exact de ces cocotiers. Il pensait que ces cocotiers étaient des uniques au monde ; ils sont effectivement très rares mais une dizaine de cocotiers à corne ont été décrits en Polynésie Française et dans les îles Andaman, au large de l’Inde. Teihotu collectionnait les fruits à corne, et refusait de dévoiler l’emplacement des arbres. Il nous avait donné un fruit à corne, dont j'ai réalisé des photographies. Plutôt que de faire sécher tous les fruits, nous lui avons conseillé de faire germer certains d’entre eux et de les planter. Teihotu a mis ce conseil en pratique.

En 2009, nous avons été informés par la Société Beachcomber SA que les deux cocotiers à corne présent à Tetiaroa avaient été détruits lors de travaux d’extension de la piste d’aéroport liés à la construction du nouvel hotel « Le Brando ». Lorsque cette information nous a été transmise, nous avons immédiatement suggéré que soient recherchés des semences germées de cocotier à corne, qui auraient pu avoir subsisté. Cécile Gaspar, présidente de l'association "Te mana O te Moana", a méné cette recherche et a pu retrouver une dizaine de semences qui ont été transférée en pépinière. Certaines de ces semences ont germé, ce qui  permettait de préserver l’essentiel des gènes pour les générations futures.

En 2010, avec l’aide de Teihotu Brando, le biologiste Nicolas Leclerc a finalement retrouvé bien vivant ces deux cocotiers, juste en bordure de la nouvelle piste d’aéroport. Seul l’un des deux cocotiers produit des fruits à trois cornes bien formées. Nicolas pense que qu’une fraction seulement des noix produites par cet arbre porte des cornes. Nous avons donc pu observer ces arbres, et la récolte des semences se poursuit actuellement.

Voici donc une excellente nouvelle, apprendre que ces raretés botaniques ont finalement été préservées…